De l’école Al-Qods à un appartement d’hôtel puis à la prison… Voici comment l’affaire des bulletins de vote a secoué Tanger

Le mercredi 23 septembre 2026 n’a pas été une journée électorale comme les autres à Tanger. À l’école Al-Qods, devenue en quelques jours l’un des établissements scolaires les plus connus à l’échelle nationale, s’ouvraient les premiers chapitres d’une affaire dont le périmètre allait progressivement s’élargir, impliquant dans l’enquête des responsables de bureaux de vote, un comptable et plusieurs autres personnes, avant que les investigations ne s’étendent au maire de Tanger et responsable au sein du Parti Authenticité et Modernité (PAM), Mounir Laymouri.

L’affaire a commencé avec des bulletins de vote et un sac à l’intérieur du centre de vote. Mais elle ne s’est pas arrêtée aux portes de l’école Al-Qods.

Au fur et à mesure de l’avancement des investigations menées sous la supervision du parquet compétent, de nouveaux éléments ont commencé à émerger, selon les communiqués du procureur général du Roi près la Cour d’appel de Tanger, notamment sur la manière dont des bulletins de vote auraient été sortis d’un bureau de vote et sur ce qui se serait produit avant leur restitution.

Selon le dernier communiqué du procureur général du Roi, les premiers éléments de l’enquête ont révélé que l’un des suspects, comptable au sein d’une société, aurait participé à l’apposition d’une marque sur le symbole d’un parti politique figurant sur des bulletins de vote, et ce à la demande de son employeur, deuxième suspect dans cette affaire.

C’est à partir de là que les investigations ont conduit de l’école Al-Qods à un appartement situé dans un établissement hôtelier.

D’après le parquet, le deuxième suspect se trouvait dans cet appartement en compagnie de deux autres personnes qui étaient en possession de deux sacs contenant des bulletins de vote. Selon les premiers résultats de l’enquête, les personnes présentes auraient alors apposé une marque sur le symbole d’un parti politique figurant sur les bulletins en question.

Mais qu’est-il advenu des deux sacs par la suite ?

Selon le communiqué du procureur général du Roi, les images des caméras de surveillance de l’hôtel ont montré qu’il s’agissait des deux mêmes sacs qui ont été retrouvés ultérieurement dans deux bureaux de vote.

Autre élément relevé au cours des investigations : les enregistrements des caméras de surveillance de l’hôtel avaient été délibérément effacés. Leur récupération a toutefois permis aux enquêteurs, selon le parquet, d’établir la présence du deuxième suspect dans l’appartement, aux côtés de son employé comptable et de deux autres personnes placées en détention provisoire dans le cadre de la même affaire, jusqu’à leur départ des lieux.

Ils étaient également accompagnés, selon la même source, du suspect qui aurait sorti les bulletins de vote du bureau avant de les y restituer.

Les éléments de l’enquête ont ainsi progressivement permis de reconstituer la séquence décrite par le parquet : des bulletins de vote sortis du bureau, deux sacs transportés jusqu’à un appartement d’hôtel, l’apposition de marques sur le symbole d’un parti politique, puis la réapparition des deux sacs dans les bureaux de vote.

Les images de vidéosurveillance ne constituent pas le seul élément exploité par les enquêteurs.

L’expertise technique effectuée sur le téléphone du deuxième suspect a également révélé, selon le communiqué du procureur général du Roi, plusieurs communications téléphoniques effectuées avant et le jour du scrutin avec deux suspects déjà placés en détention provisoire dans le cadre de la même affaire.

Parallèlement à ces révélations, le périmètre des investigations s’est élargi jusqu’à atteindre une personnalité bien connue à Tanger : Mounir Laymouri, maire de la ville et responsable au sein du Parti Authenticité et Modernité.

Après son placement en garde à vue et la poursuite des investigations, Mounir Laymouri a été déféré, jeudi 1er octobre, devant le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Tanger, avant d’être présenté au juge d’instruction, qui a décidé de le poursuivre en état de détention provisoire et de le placer à la prison locale d’Assilah.

L’extension de l’enquête au maire de Tanger et son placement en détention provisoire ne permettent toutefois pas, à ce stade, de conclure définitivement à sa responsabilité dans les faits faisant l’objet de cette procédure. L’affaire se trouve toujours au stade de l’instruction, qui devra déterminer précisément les faits imputés à chacun des suspects ainsi que leur éventuelle responsabilité.

Concernant les deux suspects visés par le dernier communiqué du procureur général du Roi, le parquet a requis l’ouverture d’une instruction à leur encontre en état de détention provisoire pour des faits qualifiés de crime d’atteinte aux opérations électorales et de participation à la falsification.

Une affaire qui a commencé le 23 septembre dans une école primaire de Tanger, avant que les investigations ne conduisent à deux sacs, un appartement d’hôtel, des enregistrements de vidéosurveillance effacés puis récupérés, des expertises techniques et des communications téléphoniques, jusqu’à plusieurs interpellations et placements en détention provisoire.

Alors que le dossier est désormais entre les mains de la justice au stade de l’instruction, la détermination des responsabilités individuelles de chacune des personnes concernées dépendra des résultats de la procédure judiciaire en cours.

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